Le président de l'UFDG, Cellou Dalein Diallo parle des prochaines élections présidentielles dans une interview réalisée avec nos confrères de Guinéenews©.
Guinéenews : Depuis un certain temps vos discours laissent entendre que vous ne craignez que des élections mal organisées. Est-ce que vous croyez réellement gagner les futures élections si elles sont transparentes ?
Cellou Dalein Diallo : Oui ! J'ai beaucoup d'espoirs. Il n'y a pas de certitude. C'est un combat et j'imagine qu'il va être difficile. Mais, je me suis engagé à solliciter les suffrages des Guinéens. Et, je suis persuadé que les Guinéens vont m'accorder leurs suffrages. C'est pour cela que je me bats avec autant d'énergie, parce que je crois profondément à ma future victoire. Mais, si je n'étais pas le gagnant, bien entendu, en démocrate, en sportif, je serais prêt à reconnaître la victoire de l'autre. Pourvu que je sois assuré que les élections se sont déroulées dans la transparence et que la victoire qui est annoncée est vraiment effective à travers les urnes. Bref, je pense que l'UFDG a beaucoup de chance de gagner. Les Guinéens m'ont déjà marqué leur confiance en adhérents massivement à mon parti. Ce n'est un secret pour personne aujourd'hui que l'UFDG compte des militants et beaucoup de militants dans les quatre régions de la Guinée. Et, au sein de la diaspora guinéenne, nous avons beaucoup de militants. Je suis donc fondé aujourd'hui à espérer la victoire aux futures élections présidentielles.
Quel autre parti le président de l'UFDG voit-il devant lui aujourd'hui sur l'échiquier politique guinéen ?
Je ne vois aucun autre parti devant l'UFDG. Je pense qu'on n'a pas suffisamment d'instruments de mesure du poids politique des partis comme il n'y a pas eu d'élection. Mais, je suis convaincu que l'UFDG pèse d'un grand poids aujourd'hui sur l'échiquier politique de notre pays.
Vous craignez alors qui particulièrement ? Quel leader ?
Je ne crains personne. Je pense qu'à ce stade, il y a des grands partis, des grands leaders qui ont historiquement un nom. Alpha Condé est un leader bien connu pour avoir dirigé pendant longtemps le premier parti d'opposition. Il y a les anciens premiers ministres : Sidya Touré, Lansana Kouyaté, François Lonsény Fall. Il y a aussi beaucoup d'autres... des jeunes qui émergent comme Mouctar Diallo. Il y a des anciens comme Bah Ousmane... Je pense qu'il y a beaucoup de concurrents valables. C'est pourquoi, il faut laisser aux Guinéens de choisir parmi nous, pas nécessairement parmi ceux que j'ai cité, c'est peut-être quelqu'un d'autre qui pourrait même venir de l'anonymat pour remporter les élections. Mais, battons nous dans la fraternité, la paix, la sportivité, le fair-play, sans nous insulter, sans susciter la violence des uns contre les autres pour que le meilleur puisse gagne avec les compliments des autres...
Certains de vos adversaires disent tenir des dossiers lourds contre vous. Ils parlent surtout des audits. Est-ce que ça vous inquiète ?
Non, pas du tout ! Ça ne peut aucunement m'inquiéter. Si je savais que j'avais des casseroles, je ne me serais pas engagé en politique. Jusqu'à présent, on a tout affirmé. Personne n'a rien prouvé. Je suis sûr de moi. Et, c'est pour cela que je continue d'avancer en toute sérénité. Je n'ai aucune inquiétude à cet égard.
Lorsque le capitaine Moussa Dadis Camara s'est fait tirer dessus par celui qui était chargé d'assurer sa sécurité, le 3 décembre 2009, vous avez souhaité que l'armée guinéenne reprenne la situation en main. On a parlé à l'époque d'incitation à un coup d'État. Est-ce que vous pensez que vous aviez effectivement appelé à un coup d'État et que ce coup d'État ait finalement réussi ?
D'abord, on a souvent déformé mes propos à des fins bien précises. J'ai dit, dans la mesure où le capitaine Dadis était à l'époque éloigné, j'ai souhaité qu'il y ait une autre vision de la gestion de cette transition. Et, j'ai dit que j'avais l'espoir qu'au sein de notre armée qu'il y avait des démocrates qui pouvaient vraiment changer complètement cette gestion, décrisper la situation, tenir des discours d'apaisement, organiser une transition paisible et courte afin que les Guinéens puissent choisir librement leurs dirigeants. J'ai dit qu'au sein de l'armée, il y a sans doute des patriotes, des démocrates, des républicains ; et peut-être que même au sein du CNDD, il pouvait y en avoir. J'ai souhaité que ceux-ci puissent quand même prendre la situation en main et essayer d'écarter les extrémistes qui ne faisaient qu'appeler à la guerre. C'est cela que j'ai souhaité et c'est cela qui s'est passé. Parce que le discours tenu par le général Sékouba Konaté est un discours d'apaisement qui va dans ce sens. Il a aidé, à mon avis, dans une large mesure à régler les problèmes en annonçant qu'il veut une transition courte et que lui-même, les membres du CNDD, le premier ministre et le gouvernement ne seraient pas candidats aux élections. Parce que vous vous souviendrez que le conflit entre le CNDD et les forces vives venait un peu de cette candidature du capitaine Dadis qui avait pourtant promis de ne pas se présenter. Donc, je pense que la Guinée s'est engagée sur la voie de la réconciliation, sur la voie de la démocratie, sur la voie d'une transition apaisée. Et, je crois que c'est ce que le peuple attend de son armée. Ce ne sont pas des expéditions punitives comme celles qu'on a connu le 28 septembre 2009. Je pense que le peuple espère aujourd'hui que son armée est tournée vers la réconciliation et la démocratie dans la paix.
Et puis, on a offert aux forces vives la primature, la présidence du conseil des ministres, etc. Et, c'est finalement votre ancien porte parole qui a été choisi. Jean Marie Doré vous fait davantage espérer ou bien vous avez des craintes avec le gouvernement dirigé par Jean Marie Doré ?
Je n'ai pas de craintes particulières. Alors pas du tout. Jean Marie Doré a été choisi par les forces vives lorsque la décision a été prise de confier la primature aux forces vives. Je n'ai pas de réserves, ni de doutes quand à la capacité de Jean Marie Doré à conduire cette transition en répondant aux attentes de la classe politique et du peuple de Guinée.
Et, le sort qu'a finalement subit le capitaine Dadis vous fait pitié ou bien vous vous en réjouissez en pensant à ce que lui il vous a fait subir au stade du 28 septembre de part ses hommes de main ?
Je ne peux pas me réjouir de la violence exercée sur un Guinéen. Je pense que personne n'a le droit de se rendre justice. Même Sankara, le chauffeur du capitaine Dadis qui m'a tiré dessus au stade et qui m'a frappé, je déplore les conditions dans lesquelles il aura été tué. Il aurait été souhaitable qu'il soit jugé pour ce qu'il a fait et que ça soit un tribunal qui le condamne. Je suis contre les exécutions extrajudiciaires. C'est pourquoi, l'UFDG milite pour la mise en place d'un État de droit. Je pense que personne n'a le droit de se rendre justice. Celui qui a tiré sur le capitaine Dadis n'avait pas le droit de tirer sur lui. Il faut que nous apprenions en Guinée de prononcer les sanctions par la justice. On ne doit pas se rendre justice. On ne doit pas tuer quelqu'un quelque soit la faute qu'il aura commise. Il est important qu'il soit traduit devant un tribunal et que ce tribunal seul prononce justement la décision qui sanctionne le délit commis. Je condamne alors fermement l'acte commis sur le capitaine Dadis, parce que je condamne toute exécution extrajudiciaire. Et, je ne suis pas pour que les citoyens se rendent justice. Seul, encore une fois, un tribunal est à même de rendre justice à l'issue d'un procès équitable...
Pour revenir aux élections présidentielles prochaines, elles sont prévues dans six mois. Pensez-vous que six mois est un calendrier électoral aujourd'hui tenable ?
Je pense que ce calendrier est tenable dans la mesure où nous ne commençons pas la préparation des élections aujourd'hui, il y a beaucoup d'acquis. Il y a déjà le fichier et le recensement s'est déroulé dans des conditions relativement bonnes. On pense que le recensement a été exhaustif à l'intérieur, même s'il est insuffisant. Il n'a pas été exhaustif à l'extérieur. Je pense qu'on devrait pouvoir reprendre le recensement dans les pays étrangers où les membres de la communauté guinéenne n'ont pas pu être recensés. Dans certains pays, ça n'a même pas atteint dix pour cent de la population électorale. Donc, il faut reprendre le recensement à ce niveau pour donner la chance aux citoyens guinéens vivant à l'extérieur de participer au choix des dirigeants guinéens. Mais, en dehors de ça, tout doit être normalement prêt. Les financements sont trouvés, la communauté internationale est disposée et les contrats ont été signés, la CENI et ses démembrements existent, etc. Il n'y a rien à ce niveau qui puisse empêcher normalement l'organisation de ces élections dans six mois.
Certains de vos adversaires taxe l'UFDG de parti régionaliste. Est-ce que vous ne comptez battre campagne seulement qu'au Fouta ?
L'objectif qu'on s'est fixé à l'UFDG est de rassembler tous les Guinéens sans discrimination. Et, croyez-moi, l'UFDG a réussi cet exploit. Au sein de ce parti, il y a des ressortissants de toutes les communautés de notre pays. Nous sommes implantés dans les 33 préfectures et dans la quasi totalité des CRD du pays. Aussi bien en Forêt qu'en Haute Guinée, en Basse Guinée qu'au Fouta Djallon. Et, si vous prenez Conakry, la capitale, qui rassemble les ressortissants de toutes les communautés, il suffit de voir la liste de nos organismes pour sentir que l'UFDG est véritablement un parti national. D'abord par ses discours, par son idéologie, mais également sa structure, la composition de ses différents bureaux à tous les échelons de la nation. Il y a les ressortissants de toutes les communautés au sein même des organismes dirigeants du parti. Par exemple, les vice-présidents, sont madame Tofany, M. Yaya Kéita, Dr. Oussou Fofana, Bah Oury et Saliou Bella. C'est donc toute la Guinée qui est représentée là et dans toutes les structures, c'est comme ça. Je pense que la capacité d'un parti, d'un leader à gérer le pays doit d'abord se traduire dans sa capacité à rassembler les ressortissants de toutes nos communautés autour des idéaux et des valeurs qui fondent l'unité de la nation.
Ces derniers temps, vous êtes de moins en moins en Guinée. Pensez-vous que pour être un grand leader politique il faut, comme Alpha Condé, vivre à l'étranger ?
Non ! Pas du tout. Moi, je ne suis pas parti de la Guinée par fantaisie. J'ai été évacué sur une civière... J'ai suivi un traitement qui a été long, qui a duré plus de deux mois. Même si j'ai quitté la clinique, je continue à y aller régulièrement faire mes contrôles et subir mes traitements. J'ai même un dernier rendez-vous ce quatre février à la clinique. Donc, je ne suis pas en Europe parce que j'ai souhaité vivre en Europe. J'y vais pour des raisons de santé.
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