Mohamed Camara est un chargé de cours de Droit à l'université et ancien président de l'ong les amis du futur ''LAF''. Suite à la nomination à la primature de Jean Marie Doré, il réagit comme tout citoyen guinéen soucieux du devenir de la Guinée.
Tamtamguinee.com : Comment réagissez aux premiers actes du nouveaux premier ministre
Mohamed Camara : C'est curieux que Jean Marie Doré prenne des actes administratifs sans même procéder d'abord à la passation de service comme pour dire qu'il est pressé. Nommé le jeudi 21 janvier à 14h, pour une passation de service prévue le mardi 26 janvier 2010, il commence à prendre des actes quoique salutaires le vendredi 22 Janvier.
Faut-il y voir une volonté nettement affichée d'en découdre avec le système budgétivore, ou une boulimie du pouvoir ? Bien malin est celui qui peut répondre à cette question tant il est vrai que le plus souvent les gens refusent de passer service dans ce pays à l'instar de Lansana Kouyaté qui me doit le compte rendu de son passage à la primature en ma qualité de citoyen lambda. L'exemple doit venir d'en haut et l'imitation en bas dit-on.
C'est ce qui a fait qu'en Guinée on passe rarement service dans les règles de l'art. Si fait que les successeurs tombent sur le service avec la porte ouverte à la médisance orchestrée par les nouveaux locataires et les actes de sabotage savamment orchestrés par certains qui ne sont plus aux affaires et qui se tapent la poitrine en clamant sur par tous les toits que ça marchait à leur époque et vous n'avez qu'à leur demander : « où est-ce qu'ils ont échoué pour qu'on en arrive là ? »
Que pensez-vous de l'éventualité d'une primature à têtes ?
Je ne suis pas d'accord avec une éventuelle concrétisation du triumvirat à la primature car une primature tricéphale instaure la lourdeur et la querelle de leadership. Sans compter que les prémices sont déjà là avec la sortie fracassante de la syndicaliste quoique brave militante, mieux pour le syndicalisme de participation que celui de revendication catégorielle violant ainsi l'article 257 du code du travail suite à la faiblesse des Institutions censées jouer ce rôle. Comme pour dire que si leur politisation est illégale, il n'en demeure pas moins que c'est légitime car ""la nature a horreur du vide".
La Guinée n'étant pas un gâteau à partager ni même autre chose que la République (la Res Publica en latin '' la Chose publique'') ce sera un mauvais précédent à la régionalisation de l'établissement, l'exercice et la transmission du pouvoir au sein de l'Etat.
Et le flou que Jean Marie Doré veut entretenir autour de son éventuelle candidature à la prochaine présidentielle.
Le flou que veut entretenir Jean Marie sur son éventuelle candidature aura un effet boomerang sur son bilan à la Kouyaté et pire il va jusqu'à rejeter les accords de Ouagadougou. C'est pourquoi, c'était bon de rendre d'abord publiques, les attributions du Premier Ministre avant de le nommer. Il accepte les conséquences de l'accord et refusant l'accord lui-même. C'est vrai aussi qu'un point de chute doit être trouvé pour lui en échange. Car faut-il le rappeler que Jean Marie Doré a fait un équilibre très difficile entre ses militants souvent pro dadis et les forces vives.
Vu qu'on ne peut vouloir du beurre et de l'argent du beurre, s'il entretenait la confusion, il risque de se planter car hormis son parti l'UPG, les autres 104 partis créés en Guinée d'abord (rires...) vont se liguer contre lui pour ne pas qu'il fasse de résultats qui pourraient lui servir de preuve patente pour stimuler l'électorat. La roublardise ne marchera pas face à Sékouba Konaté et le peuple qui se sentent souvent floués. Jean Marie Doré est obligé de réussir. Civils ou militaires, personne ne pourra bloquer cette marche irréversible vers la démocratie.
Propos recueillis par Ismael Camara
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