Entretien avec Khadija DOUKALI, candidate UMP aux élections législatives françaises de 2012
Après l’élection présidentielle française qui a vu la victoir de François Hollande ( PS), et à quelques semaines des législatives prévues les 03 et 17 juin 2012 pour les Français établis hors de leur pays, Khadija DOUKALI, candidate UMP aux élections législatives pour les Français de l’étranger, pour la 9ème circonscription, s'est prêté à nos questions lors de son passage à Conakry ce mois de mai.
TamtamGuinée: vous êtes à Conakry encore ce mois de mai, alors qu'il y a quelques semaines, vous étiez là. Quel est le motif de votre présence à Conakry ?
Khadija DOUKALI : vous vous souvenez quand je suis venue ici la première fois en campagne, j’ai promis à mes compatriotes de Guinée que je reviendrai après l’élection présidentielle pour présenter mon programme législatif puisque je suis candidate à l’élection législative des 03 et 17 juin pour les français de l’étranger.
Votre parti, l’UMP a essuyé une défaite au second tour de l’élection présidentielle. Comment expliquez-vous cette défaite ?
Le deuxième tour de l’élection présidentielle a eu lieu le 06 mai et le président Nicolas Sarkozy n’a pas gagné cette élection. Les français ont élu François Hollande pour 5 ans à la tête de la France. Vous imaginez que nous sommes très déçus à l’UMP parce que nous considérons que Nicolas Sarkozy a beaucoup travaillé pour la France pendant cette crise notamment. Mais nous nous plions à ce choix démocratique et c’est à François Hollande maintenant de s’occuper du pays et de gérer la crise, et il rendra compte au peuple français de sa gestion et des promesses pour lesquelles il s’est engagé.
Est-ce que le discours sur l’immigration de Sarkozy n’a pas été un facteur d’échec pour l’UMP ?
Par rapport à ma circonscription, je pense que oui. Il est vrai qu’il y a eu certaines paroles qui ont été considérées comme étant blessantes par certains de nos compatriotes à la fois du Maghreb et de l’Afrique de l’ouest. Certaines paroles pourraient être considérées comme étant maladroites, mais elles ne partaient pas d’un mauvais sentiment. Il faut dire que nous avons face à nous un socle de 20% qui est le Front national et qu’en aucun cas nous ne pouvons laisser le FN progresser ni être seul face aux Français à raconter n’importe quoi. Nous ne pourrons tolérer cette xénophobie, ces paroles du front national. Donc, très souvent nous avons à lui répondre et nous avons également à nous positionner sur ces questions.
Pourtant il y a certaines positions de Nicolas Sarkozy qui étaient un peu plus proches du front national ?
Moi je ne dis pas proches du front national. Vous savez que je suis issue de la diversité, je suis binationale donc je vous parle en connaissance de cause. Moi je voudrais qu’on puisse parler de manière sereine par exemple des problèmes liés à l’immigration sans pour autant dire que chaque personne qui en parle est contre les immigrés. C’est un problème que je voudrais qu’on aborde et dont on parle de manière extrêmement sereine comme le font certains pays, et ça ne provoque pas les mêmes problèmes par exemple aux Etats-Unis, au canada qu’en France.
Quelques fois je suis d’accord avec vous et je reconnais que certains termes choisis ne sont pas heureux et blessent certains de nos compatriotes. Mais il est faux que nous ayons voulu opposer les uns aux autres ou que l’UMP soit un parti d’extrême droite puisque très franchement, si nous voulions nous aurions fait alliance avec le front national et nous aurions remportés cette élection. Mais, il n’était pas question de faire alliance avec le front national. D’ailleurs, son leader madame Le Pen a appelé à voter blanc. C’était pour sanctionner entre guillemets l’UMP parce qu’elle pense que l’UMP va exploser et qu’elle pourra être le parti de l’opposition. Donc, vous voyez que nous ne sommes pas le front national, mais nous parlons de certains problèmes qui existent et qu’il va falloir aborder et parler réellement sans tabou.
Moi aussi je suis très sensible à ces problématiques et à la terminologie qui est utilisée, mais l’UMP est également fait d’un certain nombre de courants qui vont du courant social humaniste en passant par les centristes jusqu’à la droite populaire. Quand on parle de droite populaire cela veut dire qu’on ne s’occupe pas que de l’immigration. On s’occupe également de sujets plus patriotiques, plus liés aux valeurs de la France. L’UMP est un parti extrêmement vaste dans ses approches et on voudrait que toutes les sensibilités s’y retrouvent mais, je ne voudrais pas qu’on assimile l’UMP à un parti d’extrême droite.
Je vous ai dit que si nous étions vraiment à l’extrême droite, d’abord je n’en ferais pas partie puisque je suis personnellement issue de la diversité et puis nous aurions fait alliance avec le front national et, on aurait remporté cette élection. On aurait donné des sièges. Or, vous avez entendu Jean François Copé et autres leaders qui ont dit qu’il n’est pas question de faire alliance avec le front national.
Les législatives approchent. Vos compatriotes qui sont en Guinée ont voté pour la grande partie pour le candidat socialiste à la présidentielle. Vous ne pensez pas que cela pourrait avoir un impact sur vous durant le scrutin législatif ?
Théoriquement je ne crois pas. Vous savez les électeurs qui ont voté selon moi, n’ont pas voté François Hollande mais, ont plutôt voté contre Nicolas Sarkozy parce que pendant des années, on a diabolisé Nicolas Sarkozy. Or, je ne pense pas qu’il mérite qu’on le diabolise ainsi.
Je pense que l’élection législative est une élection de personne. Certes j’appartiens à un courant politique qui est la droite, mais, je suis ma propre personne avec mes propres idées et ma propre vision de ce que je voudrais faire dans le cadre de mon programme législatif qui est celle de représenter mes compatriotes au sein de l’Assemblée nationale. Donc je suppose que les électeurs avant, vont voir qui est cette personne. Qui suis-je ?
Je dirai à mes compatriotes de Guinée que je n’ai pas parachuté, je suis née dans cette circonscription, j’y ai grandi et j’y vis encore et y élève mes enfants donc c’est une circonscription que j’aime et que je veux travailler du fond du cœur et aussi que je connais. Je connais les problèmes des gens qui y sont, les codes culturels, l’ensemble des problématiques qui touchent les Français de l’étranger.
Si vous prenez d’autres candidats à cette élection, vous avez des gens qui appartiennent aux grandes familles politiques et d’autres qui sont indépendants. Pour la majeure partie d’entre eux, ils sont originaires de leur région mais ne vivent pas dans cette région. Les problèmes des Français de la France ne sont pas du tout les mêmes que ceux des Français qui vivent à l’étranger. C’est absolument et totalement différent. Comment voulez-vous en parler si vous ne les connaissez pas et puis, moi je travaille là-dessus pas depuis récemment.
Cela fait des années que je travaille sur ces problèmes à part le fait de les connaitre. Cela fait des années qu’on travaille dessus avec un groupe de travail. Notamment on a organisé deux universités des français de l’étranger avec ce fameux livre blanc dans lequel nous traitons les problèmes des français de l’étranger. On apporte un certain nombre de solutions, on fait des propositions donc c’est ce que je me propose.
Je propose à mes compatriotes de pouvoir, en tant que fille, personne issue de la circonscription, les représenter valablement et dignement à l’Assemblée nationale. C’est ce qui me différencie des autres candidats. D’ailleurs, on le voit dans leurs discours, quand vous analysez ce qu’ils proposent, vous trouverez que la plupart n’ont rien à proposer parce qu’ils ne connaissent pas les problèmes et puis, ils vont souvent vous parler de la politique intérieure française. Tout le monde s’intéresse à ce qui se passe en France mais, ce n’est pas la préoccupation des gens. Les gens ici ont des problèmes d’école, de couverture sociale, de retraite, de sécurité et ce ne sont pas des thématiques qu’on retrouve dans leurs écrits.
Quels sont les problèmes rencontrés par vos compatriotes de votre circonscription ?
Il y a d’abord un problème extrêmement grave d’école. L’école de la République est payante à l’étranger, ce qui est à mon avis anticonstitutionnel puisque si l’école publique est gratuite en France, elle devrait l’être à l’étranger et donc ma famille politique préconisait de poursuivre la gratuité de l’enseignement français à l’étranger. Le président actuel va retirer la gratuité des lycées telle qu’elle avait été instaurée par Nicolas Sarkozy et revenir à un système de bourse. Mais ce système n’est pas nouveau puisqu’il existe déjà.
Nous faisons marche arrière alors que le lycée était devenu quasiment gratuit, mais nous étions en marche vers la gratuité. Le parti socialiste veut faire marche arrière et voilà un avantage que nous avons perdu.
Il y a le problème de la couverture sociale. La caisse des Français de l’étranger existe, c‘est la couverture sociale des Français de l’étranger. Elle a l’avantage d’exister mais, elle devrait être reformée. Elle devrait être également liée à la sécurité sociale française. C’est ce que moi je propose dans mon programme.
J’ai également un programme pour les maisons de retraite. Beaucoup de nos compatriotes prennent de l’âge et veulent vivre dans cette circonscription à laquelle ils sont attachés. Que feront-nous de nos compatriotes quand ils pourront plus s’occuper d’eux-mêmes ? Faut-il les renvoyer dans les maisons de refraite ? Non, c’est inhumain. Alors quelle solution préconiser ?
Il y a également le problème des entrepreneurs. Ils ont besoin qu’on les assiste et qu’on les aide dans ces pays qu’on favorise. Qu’on encourage nos entrepreneurs à s’installer dans d’autres pays, c’est bon non seulement pour nos entreprises françaises, mais c’est également bon pour les pays qui les accueillent puisque ceux-ci vont pouvoir employer et également pouvoir renouer avec la croissance. Vous voyez, c’est extrêmement positif parce qu’il faut bien sûr du gagnant-gagnant.
Il faut également que le pays qui accueille ces entreprises puisse profiter de leur savoir-faire, de leur formation. Ce soir par exemple, un de mes compatriotes me disait qu’il avait entamé depuis plus d’un an un large programme d’alphabétisation auquel avaient adhéré beaucoup de gens. Voilà des choses extrêmement positives qui font suite au fait que des entreprises s’installent dans ces pays.
Les étrangers qui nous viennent de l’occident ont souvent du mal à s’intégrer. Ils sont toujours à cheval entre leurs maisons et leurs lieux de travail. Est-ce que vous pensez un peu à cet aspect de leur vie à l’étranger ?
Il y a un certain nombre de personnes qui ont envie de s’intégrer et d’autres qui ont envie de vivre de manière intercommunautaire. Moi je pense que lorsqu’on a la chance de s’expatrier puisque l’expatriation est une chance, une grande richesse, il faut s’intéresser au pays où nous nous expatrions. Et, vous voyez des gens qui font des choix personnels et qui restent dans leur communauté. Le fait que les gens restent entre eux fera qu’ils ne connaitront jamais le pays dans lequel ils résident. Ils vont également, il me semble, perdre beaucoup puisqu’ils s’appauvrissent. Or, quand on a la chance d’habiter dans un pays, on doit d’abord le connaitre, le visiter, apprendre à y connaitre les gens et je suis sure que les gens dans ce pays d’accueil peuvent beaucoup apporter à ces personnes qui viennent. Mais, après vous savez ce sont des choix personnels.
Q quel est le message particulier que vous avez à adresser aux électeurs ?
Je vais leur dire que c’est une chance de pouvoir avoir un député qui va les représenter parce que nous n’avons aucune représentation à l’Assemblée nationale et il est important que les Français de l’étranger acquièrent les mêmes droits que les Français de l’hexagone. Pour cela, seuls les députés peuvent défendre leurs droits à l’Assemblée nationale. Personne d’autre ne le fera. Il y a les conseillers élus à l’assemblée des Français de l’étranger, il y a les sénateurs mais cela ne suffit pas. C’est à l’assemblée que les lois sont votées et c’est là que tout se fait. Je leur dirai d’aller déjà voter, il faut absolument qu’ils aillent voter. C’est élections législatives sont extrêmement importantes pour eux et leur avenir mais aussi celui de leurs enfants.
La deuxième chose que je voudrais leur dire, c’est de choisir. Ils vont recevoir un certain nombre de candidats aux élections législatives. Pour moi cela ne doit pas être une élection entre guillemets politique. Bien sûr il y a ceux qui votent pour leur famille politique mais l’élection législative est une élection de personne. Qui est le mieux à même d’être proche de leurs idées, d’être proche d’eux, de les comprendre et de les représenter ? Et puis surtout de rester à l’Assemblée nationale mais près d’eux sur le terrain parce que je ne suis pas pour qu’on aille dans sa tour d’ivoire à Paris à l’Assemblée nationale et qu’on coupe tout contact. Cela n’a plus d’intérêt. Oui, le rôle d’un député c’est d’être à l’Assemblée nationale et de représenter ces Français de l’étranger mais, il y a de telles attentes et de problèmes à faire remonter qu’il faut réellement être sur le terrain.
C’est vrai que la circonscription est large et qu’on va devoir s’appuyer sur les élus, les associations pour faire remonter les problèmes mais, il faut faire du terrain. Et donc, je leur dirai de voter pour la personne qui est de chez eux en l’occurrence moi. Je suis dans la circonscription et je m’engage à les représenter, à rester sur le terrain, à venir très souvent dans ces pays, à les défendre et défendre leurs intérêts et droits à l’Assemblée nationale.
Entretien réalisé par Amadou Touré
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