Les Burkinabè ont fini par se faire l’idée ; leur président élu à hauteur d’homme, avec un score presque " stalinien " n’est plus à leur hauteur. Il est devenu trop grand et ne voit plus son pays. Il pense Afrique, monde. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi ; seulement s’il pouvait zieuter même par clins d’œil les graves problèmes qui minent les Burkinabè au quotidien, on en serait très heureux.
Depuis qu’il porte le bâton de faiseur de paix en Afrique, Blaise Compaoré n’a plus le temps des Burkinabè ; de toute façon le pays est maîtrisé et bien tenu par l’armée.
Des politiciens, point d’inquiétude, ils n’ont pas encore fini de se crêper les chignons à propos des petits bouts que le pouvoir leur jette de temps en temps. Du parti majoritaire, c’est la même chose, le CDP ne sait plus s’il est maître ou esclave, les différents bonzes sont préoccupés à s’épier, ce qui laisse une large marge de manœuvre à Blaise Compaoré. Voilà les raisons qui le poussent à ne plus penser Burkina, mais à rêver, on ne sait jamais d’un prix Nobel de la paix. Mais comme dit une sagesse africaine, on peut bomber sa poitrine en se disant au dessus de ses frères de sang dans la même maisonnée, mais il n’est pas évident qu’en dehors il n’y ait pas un plus grand que nous.
En effet, à force de rogner dans les plates bandes des uns et des autres, Blaise Compaoré ne se fait pas que des amis dans ses missions de bons offices. On peut même le dire, cela agace certains chefs d’Etat qui pensent mériter plus les lauriers que l’on dresse à Blaise Compaoré.
Sont de ceux-là le colonel Kadhafi, le chef des chefs traditionnels, actuel président de l’Union Africaine. Entre lui et Blaise Compaoré, c’est la situation " je t’aime moi non plus ". Ils furent de très grands amis mais aujourd’hui le mur de leur amitié est lézardé. Car Blaise Compaoré qui était très soumis au Guide s’est affranchi, sinon même qu’il est devenu un insoumis.
Le Guide libyen n’a plus d’influence sur lui, ce que celui-ci supporte difficilement. Il n’y a pas longtemps on aurait vu Blaise Compaoré à Tripoli lors des festivités d’anniversaire de la Révolution libyenne, et à une question des journalistes sur ses relations avec Kadhafi, le président Compaoré a répondu avec l’humour caustique qu’on lui connaît qu’entre l’arbre et l’écorce, il ne faut pas y mettre le doigt. C’était vraiment une réponse hautement diplomatique, sinon chacun des deux sait aujourd’hui que l’axe Ouaga-Tripoli se porte mal. Et ce malaise va grandissant quand le Guide voit que Blaise Compaoré est en train de lui voler la vedette dans la crise en Guinée-Conakry. Il est le président actuel de l’Union africaine, il a proposé ses services pour trouver une solution à la crise et il a été récusé au profit de Blaise Compaoré. Généralement le Guide supporte difficilement ces sortes de situations. Et depuis un moment on voit le ballet diplomatique entre Tripoli et Ouaga, le grand patron de la CEN-SAD, grand commis du Guide est venu voir Blaise Compaoré et il a confié à la presse le réchauffement de l’axe. Mais personne n’est dupe, c’est du " blaguer tuer ".
A côté de l’aigreur du Guide, il y a aussi celui du vieux Abdoulaye Wade, qui fut le premier chef d’Etat à s’intéresser à la junte en Guinée en appelant à soutenir le processus déclenché par Moussa Dadis Camara. Mais le vieux ne savait pas que cela allait le mettre hors jeu dans l’affaire. Après le massacre du 28 septembre, Me Wade qui fait pourtant partie des sages ne peut plus mettre sa bouche dans la recherche de solution, les " Forces vives " ne lui font pas confiance. Il est aussi out en faveur de Blaise Compaoré !
Quand il s’agit de régler les problèmes au Togo, on appelle Blaise Compaoré ; quand il fallait le " Dialogue direct " en Côte d’Ivoire, encore Blaise Compaoré, et maintenant en Guinée Conakry, c’est lui toujours. Ce ne doit pas être facile pour certains de ses pairs de voir que tout passe par Ouagadougou.
C’est donc des motifs pour corser la résolution de la crise guinéenne. Des bétons, il y en aura, et déjà le fait de prendre des sanctions contre la junte et certains membres du gouvernement du capitaine Dadis Camara, est le signe que les choses ne vont pas aller cette fois comme sur des roulettes. On le sait, Blaise Compaoré a des amis au sein des " Forces vives " dont Alpha Condé l’opposant légendaire et même Sidia Touré. Maintenant, il a aussi des amitiés au sein du CNDD à commencer par le capitaine Dadis Camara qui le considère comme " un aeuil ". Et pour ne pas arranger les choses, une rumeur folle circule sur Internet disant que Blaise Compaoré aurait pesé de son poids pour que le port autonome de Conakry soit donné à la société Getma, parce que un des ses très proches y serait actionnaire. Comme les " Forces vives " ne sont pas particulièrement unies, cela peut compter double dans l’analyse des solutions que va proposer le médiateur Blaise Compaoré, surtout que les positions sont tranchées, les " Forces vives " veulent hic et nunc le départ de Dadis Camara, le CNDD veut faire une large ouverture dans le gouvernement avec Dadis Camara comme président et surtout la possibilité pour lui de se présenter à la future présidentielle. Les jeux sont donc loin d’être faits.
Par Kassim Kongo ( Bendré )
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