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Ce que Amara Somparé a dit aux obsèques de son père, Aboubacar Somparé

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Nous avons perdu notre père et la douleur ne se mesure pas. Dans cette étape difficile, nous tenons à dire simplement merci à toutes les personnes présentes à cette cérémonie et à celles qui nous ont témoigné leur sympathie et qui n’ont pas pu être présente aujourd’hui.

El hadj Aboubacar Somparé, Papa, c’est en proie à une douloureuse émotion qu’au nom de tous mes frères et sœurs je viens t’adresser un dernier adieu pour t’accompagner vers ta dernière demeure. Je voudrais ici même rendre hommage à la mémoire de cet homme qui fut un esprit brillant, un visionnaire, un homme de conviction, un leader mais aussi un grand « incompris » pour ceux qui ont eu la chance de le côtoyer de près aussi bien dans le travail que dans la vie. Pour nous, c’était notre père.

C’était et c’est encore pour nous aujourd’hui l’homme de référence, le géant dans l’ombre de qui nous avons fait nos premiers pas, celui qui nous a appris patiemment tant de choses, qui nous a donné l’éducation rigoureuse, qui nous a insufflé la culture élitiste qui nous a permis de nous hisser, pour la plupart d’entre nous, à de très hauts niveaux de formation nous donnant ainsi les armes pour affronter sereinement la vie.

Toujours positif et débordant d’optimisme, toujours à l’écoute et enclin à la mansuétude, cet homme à l’esprit vif et au cœur généreux frisant même, de l’avis de certains, la prodigalité, c’est avec cet homme que nous avons partagé tant de joies, qui nous a soutenus dans tant d’épreuves. Mais Papa, tu nous avais préparés à beaucoup de choses, y compris à accepter ton départ que tu savais proche mais, que tu ne pensais pas si soudain. Par contre, tu ne nous avais pas prévenus combien il serait si difficile de t’accompagner à ta dernière demeure avec ce sentiment de traverser ces moments où on a l’impression qu’un monde bascule. Perdre celui qui t’a donné la vie, c’est tourner la page du livre de sa vie sans espoir de retour.

C’est un peu comme si le temps, un instant, s’arrêtait et tout se dérobait sous nos pieds sans aucune prise possible. Je souhaiterais vous parler très sommairement de Monsieur Aboubacar Somparé. Son parcours fut en tout point remarquable comme le fut son engagement au bénéfice de l’intérêt national et au service de la Guinée. En évoquant les moments les plus intenses de sa vie publique et les liens très forts qui l’unissaient à l’univers national, ses atouts, ses faiblesses, ses attentes, sa diversité, sa culture, ses valeurs et son histoire, liens qu’il a su maintenir jusqu’au bout. Aussi, je souhaiterais vous faire partager, la flamme qui l’animait et les valeurs qui ont guidé son existence et qu’il a su si bien nous transmettre progressivement.

Après une longue carrière dans l’administration publique et la politique il n’a pas pu véritablement profiter d’une retraite méritée parce que préoccupé par un mal qui le rongeait et des inquiétudes récurrentes sur le devenir de la nation. En silence il a lutté pour ne pas ajouter au chagrin de sa femme, de ses enfants et de ses proches. Cet homme possédait les plus riches qualités du cœur et de délicatesse et il a voulu par dessus tout que ses enfants que nous sommes gardent de lui cette image de paix, de générosité, de détermination et de grâce. Mais c’est dans l’exercice de ses fonctions d’enseignant et de politique qu’il a pu donner la pleine mesure de ses vraies valeurs : sa compétence professionnelle, bien sûr, mais aussi des qualités d’âme et de cœur.

Par sa gentillesse, sa grande humilité, la pertinence de ses jugements, la connaissance très poussée qu’il avait de la sociologie politique guinéenne qu’il a réussi à gagner d’avantage la sympathie, l’estime, le respect et la considération des siens et de ses proches. En effet, Homme de conviction, en tant que jeune Directeur de l’Enseignement du secondaire, il a réussi, là où personne n’osait espérer, à éviter l’introduction des langues nationales dans le cycle secondaire en persuadant le Président Ahmed Sékou Touré de la justesse de ses appréhensions et de l’objectivité de sa position.

C’est également sous sa Direction que la Radio Télévision Guinéenne a lancé ses premières images le 14 mai 1977. Puis, en tant qu’Ambassadeur plénipotentiaire de la Guinée en France, profondément visionnaire et convaincu des grandes mutations qui s’opéraient dans le monde et des réalités objectives en présence, il a convaincu le Président Ahmed Sékou Touré de la nécessité d’un véritable renouveau diplomatique.

Le point de départ de cette nouvelle stratégie fut la visite historique du Président Ahmed Sékou Touré en France, en 1982, contre l’avis des membres du Bureau Politique National du PDG afin de tourner la page des relations orageuses entre la France et la Guinée. De retour en Guinée, en poste au Ministère de la Décentralisation il fut l’un des acteurs majeurs de l’enfantement en douceur de la Démocratie pluraliste dans notre pays.

A cette occasion, il créa avec quelques amis le RDP, un parti politique de cadres qui servira finalement de matrice à la création du PUP. En tant que député et Président du Groupe Parlementaire de la majorité, PUP/PCN, il a toujours su garder son libre arbitre en toutes circonstances, ce qui lui a valu les pires inimitiés dans son propre camp.

Cependant, il n’a jamais oublié que les autres d’en face, quel que soient leurs bords politiques, leurs origines sociales et ethniques, étaient des êtres humains et ses frères. Ce qui fait qu’il a toujours été porté à respecter les autres. Plus tard, en tant que Président de l’Assemblée Nationale, ses discours d’ouverture et de clôture des différentes sessions parlementaires et ses déclarations sur des questions ponctuelles concernant la vie de la nation polarisaient l’attention de l’opinion nationale et des représentations diplomatiques accréditées en Guinée en raison de la pertinence de ses propos et du courage qui les sous-tendait. Joignant l’action à la parole il n’a jamais voulu confondre l’intérêt national aux intérêts partisans ou claniques. Ainsi contre l’avis du Gouvernement et de la haute hiérarchie militaire il a eu la sagesse de faire lever l’état de siège afin de libérer les populations.

Mesdames et Messieurs,

J’ai dû apporter une légère modification à mon plan d’intervention initial suite à quelques témoignages qui ont eu une résonnance particulière en moi. En effet, je voudrais profiter de cette tribune pour insister tout particulièrement sur la question de la reconnaissance dans notre culture socio-politique et sur laquelle je souhaiterais apporter un témoignage. Permettez-moi de faire un petit détour afin de vous éclairer, à titre d’exemple sur l’ingratitude de la fonction politique à certains égards. Je ne citerai, entre autres pour illustrer, qu’un seul exemple qui a profondément meurtri mon père et que j’ai personnellement vécu avec lui et qu’il a, comme à son habitude, acquiescé en silence. Il s’agit de la crise sociale de 2007 qui a abouti à la nomination d’un Premier Ministre Chef du Gouvernement. Parties de questions existentielles, les revendications syndicales ont subie un glissement pour culminer vers l’exigence de la nomination d’un Premier Ministre Chef du Gouvernement.

Deux logiques s’affrontaient, la première soutenait la nomination d’un Premier Ministre, Chef du Gouvernement avec des pouvoirs étendus, choisi parmi cinq personnalités guinéennes proposées par la société civile et les syndicats. La seconde logique était celle de la Cour Suprême, du Gouvernement et d’une partie de l’élite intellectuelle guinéenne qui opposaient à cette exigence des syndicalistes l’exception d’inconstitutionnalité. La situation était définitivement sans issue. Au bout d’une semaine dans l’expectative et avec le risque de l’instauration imminente d’un nouvel état de siège en préparation, le pays se dirigeait inexorablement vers un véritable chaos qui se profilait à l’horizon.

En tant que médiateur dans la résolution de la crise, pris entre deux feux, il m’a fait part de ses inquiétudes et a décidé sur le champ de jouer à un quitte ou double à haut risque. Il se souvenait que lors d’une concertation sur la question avec certaines éminences grises du pays tous les avis convergeaient vers l’inconstitutionnalité des exigences des syndicalistes à l’exception d’une seule personne, son consultant particulier, qui doit d’ailleurs être dans la salle et qui pourrait témoigner à l’occasion de l’argutie juridique qu’il a utilisée.

Papa a alors interpeller Monsieur André Camara pour lui tenir à peu près ces propos « Tu sais que j’ai toujours cru en toi, mais ce que je te demande est une obligation de résultat, aucune erreur ne saurait être envisageable sinon nous sommes grillés et le pays risque de flamber avec nous. Trouve-moi la solution de la nomination d’un Premier Ministre Chef du Gouvernement de manière qu’elle ne puisse souffrir d’aucune contestation possible aussi bien en Guinée qu’à l’étranger. J’insiste ma demande est assortie d’une obligation de résultat, les autres juristes et politologues ainsi que les politiciens et même l’armée n’attendent qu’un raté pour nous tomber dessus. Rendez-vous à 6 heures du matin au bureau avec ta proposition » À l’heure dite, nous étions là, à trois, Papa, son Consultant et moi.

C’est ainsi que Monsieur Camara nous a fait la démonstration de sa solution d’un compromis qui était juridiquement cohérent et politiquement inattaquable par une interprétation subtile de l’article 39 alinéa 2 de la Constitution qui permettait de nommer un Premier Ministre Chef de Gouvernement par délégation de pouvoir du Président de la République, qui satisfaisait les exigences des syndicalistes et dissipait par la même occasion le spectre de la menace de l’exception d’inconstitutionnalité que brandissaient la Cour Suprême et le Gouvernement de l’époque.

Cette solution présentée le même jour en plénière de la Commission de médiation a été adoptée et papa a aussitôt ordonné la rédaction immédiate, en toute discrétion, de la lettre de mission du futur Premier Ministre, Chef du Gouvernement ainsi que son projet de décret d’attribution pour lesquels j’ai été personnellement mis à contribution. Deux jours plus tard, les textes ont été également soumis en plénière à la Commission de négociation de la crise qui les a immédiatement adoptés. La solution était trouvée et le spectre du chaos s’est définitivement éloigné. C’est là que c’est révélé à moi une autre facette de mon père qui était avant tout celle d’un homme d’action ; sa « rage de convaincre » et sa « capacité de persuasion » passaient par ses propres actes et non par ses mots.

Le Gouvernement de l’époque informé de la fin de la crise, n’a trouvé aucune autre démarche que de suspendre la finalisation des négociations, de faire venir un médiateur étranger et de lui faire gracieusement porter la paternité de la résolution de ladite crise à laquelle il n’avait pas participé. Les homo politicus rétorqueront que nous sommes en politique, c’est les risques du métier et qu’en politique c’est d’abord le résultat qui compte parce que personne n’est contraint de s’aventurer dans l’arène. J’aimerais dire ici que nul n’aime volontairement se mettre en danger sans raison puisqu’il est dans la nature première de tout être vivant de se contenter de sa zone de confort. Pour nous les humains, les choses difficiles on les tente pour deux raisons où pour l’amour de Dieu où pour l’amour des hommes ou pour les deux.

Mais les choses difficiles que l’on tente pour l’amour des hommes méritent d’être reconnues pour ce qu’elles sont. Des actions de ce type sont des exemples qui doivent servir de référents à la postérité, qui doivent être imités. Certes, je suis encore assez jeune, mais j’ai la certitude que cette opinion est largement partagée par l’écrasante majorité de ma génération ; je pense que si ces homo politicus soutiennent que la morale est peut-être en dehors de la politique, elle est en revanche indissociable du politique qui en est l’essence.

C’est un des maux profonds dont souffre notre pays, le syndrome du mythe de Pénélope : l’éternel recommencement car c’est une société qui se reproduit continuellement. Il est vrai qu’aucune créature n’est parfaite, comme aucun homme n’est ni entièrement bon ni entièrement mauvais. Mais la triste réalité c’est qu’aucun fils de ce pays ne semble digne d’être objectivement célébré à sa juste valeur du fait des propagandes croisées, des mensonges des politiciens qui s’appliquent massivement, systématiquement et de toute leur force à défigurer les faits pour n’en extraire que des petits détails séparés du contexte et à l’enfermer dans des schémas qu’ils ont eux-mêmes esquissés. Il s’agit là d’un phénomène politique, qui a des répercussions politiques et sociales très graves car les mensonges du présent constituent les déformations de l’histoire pour les générations futures.

Pourtant l’histoire renvoie aux peuples une certaine image d’eux-mêmes, c’est dire que la manipulation de ce qui est et de ce qui n’est pas rapporté objectivement peut complètement changer la perception du passé. Ce qui fait que la Guinée aujourd’hui est atteinte d’hémiplégie, une moitié d’elle-même s’est exclue de la chose publique en restant dans sa bulle de solitude. Il faut que l’élite politico-administrative guinéenne, tous bords confondus, prenne conscience de cette évidence que la majorité des guinéens ne lui fera plus confiance tant qu’il ne se dégagera pas d’elle une éthique politique et administrative déterminante et des pratiques conformes aux exigences de notre temps.

Mesdames et Messieurs,

Le mot de la fin sera pour une Grande Dame, pour Madame Somparé née Aissatou Ka, notre mère. Juste retour des choses pour cette brave et digne femme qui a vécu avec notre père et a été de tous les combats.

Chère Maman si tu le permets car je te sais très pudique, tu as accompagné et fait équipe avec Papa pendant plus de quarante-cinq années et plus encore puisque vous vous connaissez depuis 50 ans. Tu as porté toi aussi ses charges publiques sans hésitation et tu as été en conséquence marquée par les mêmes stigmates. Mieux que quiconque tu sais ce que c’est que d’être l’épouse d’une personnalité publique, d’un leader politique : soulager ses angoisses, atténuer ses déceptions, partager ses joies, subir ses contraintes et vivre de loin ses honneurs.

Il y a encore quelques temps avant de nous quitter papa nous confiait que sa carrière, il te la devait. Tu incarnes chère Maman le courage et la fidélité, mais aussi l’abnégation, c’est-à-dire, le don de soi. Accepte également en même temps toute notre compassion et notre profonde reconnaissance filiale. Papa notre peine est immense. Ton décès est une vraie douleur au cœur et à l’âme, mais en tant que croyants, nous implorons le Très-Haut tous ici présents, que ton départ soit le début d’une nouvelle vie dans un autre monde, nous l’espérons pour toi aujourd’hui notre cher papa et pour nous tous demain, un monde fait d’amour et de bonheur… Certains l’appellent le paradis.

Je vous remercie

Publié le 8/11/2017


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